Les vautours africains diminuent de façon critique, avertit une étude

By | 23 August 2015

Une étude suggère que les vautours africains sont en voie d’extinction.Une équipe internationale de chercheurs, dont des scientifiques de renom du Peregrine Fund, de l’ Endangered Wildlife Trust, l’Université de Makerere et l’Université Altera de Wageningen, avertit que les vautours africains sont susceptibles de se qualifier comme « en danger critique d’extinction » d’après les critères de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Dans un rapport publié récemment dans la revue scientifique Conservation Letters, des scientifiques de l’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord ont publié les premières estimations à l’échelle du continent du taux de déclin chez les vautours africains, et constatent que même de nombreux parcs nationaux et réserves de chasse semblent offrir peu de protection efficace aux espèces de vautours en Afrique.

Des charognards comme les vautours sont essentiels pour un écosystème sain : sans eux, les carcasses sont largement consommées par des mammifères charognards tels que les chiens et les chacals et cela peut augmenter les niveaux de transmission de maladies avec des conséquences éventuellement désastreuses pour la santé humaine.

Vivant longtemps et se reproduisant lentement, les vautours mettent plusieurs années pour arriver à maturité et ne produisent qu’un seul jeune tous les 1‐2 ans. Pourtant l’étude indique que les vautours d’Afrique déclinent à des taux compris entre 70% et 97% sur trois générations, un intervalle de temps utilisé par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) pour l’évaluation du statut de menace des espèces. Etant donné que six des huit espèces sont largement ou totalement confinées à l’Afrique, et prévues de diminuer d’au moins 80% sur trois générations, l’étude suggère qu’ils sont susceptibles de se qualifier comme « en danger critique » selon les critères de l’UICN.

Dr Darcy Ogada, du Peregrine Fund et principal auteur de l’étude a déclaré : « Le fort déclin des vautours d’Afrique est une sonnette d’alarme en raison de leur importance écologique. Les vautours sont une composante essentielle d’un environnement sain, en particulier en Afrique où les services gratuits de l’écosystème, tels que l’élimination des carcasses ou autres déchets, restent la norme. Si nous ne prenons pas des mesures urgentes pour sauver ces oiseaux, et en particulier pour réduire l’empoisonnement de la faune, nous devons nous attendre à des conséquences à long terme pour l’environnement, ainsi que pour l’homme en Afrique. »

Ce qui rend ces résultats si inquiétants est que les parcs nationaux et réserves de chasse semblent offrir à ces oiseaux très peu de protection efficace. Parce que les vautours sont très mobiles et peuvent facilement parcourir des centaines de kilomètres, les taux de déclin sont alarmants, même dans les zones protégées.

Des disparitions de vautours à l’échelle d’un continent ont déjà été signalées chez quatre espèces de vautours asiatiques. Cependant les auteurs de l’étude mettent en évidence deux distinctions importantes entre la crise asiatique des vautours et celle en Afrique. Tout d’abord, à ce jour les taux de déclin en Afrique sont sensiblement inférieurs à ceux de l’Asie, offrant encore aux gouvernements africains une opportunité d’éviter les conséquences environnementales d’un effondrement de ce groupe fonctionnellement important.

Deuxièmement, alors que les vautours asiatiques ont diminué principalement en raison d’un seul facteur (ingestion du médicament anti-inflammatoire Diclofénac), les vautours africains sont confrontés à de multiples menaces. Celles‐ci comprennent l’intoxication accidentelle et délibérée, le commerce illégal de parties du corps des vautours pour la médecine traditionnelle, la chasse pour la viande de brousse, la mortalité causée par les lignes électriques et les éoliennes et une réduction de l’habitat et de la disponibilité en ressources alimentaires provenant des populations d’animaux sauvages.

L’étude suggère que la plus grande menace quantifiable pour les vautours d’Afrique est l’empoisonnement qui représente 61% des décès signalés. Les vautours africains sont souvent les victimes involontaires d’empoisonnement à cause des carcasses garnies de pesticides agricoles hautement toxiques pour tuer les prédateurs de bétail. Cependant l’étude démontre également que le rythme de destruction des éléphants et du braconnage des rhinocéros ayant augmenté dans toute l’Afrique a conduit à un fort accroissement du nombre de décès de vautours enregistrés, les carcasses ayant été spécialement empoisonnées pour éliminer les vautours qui, en planant au‐dessus, peuvent révéler la présence des braconniers.

Le Dr Ogada ajoute : « La situation nécessite la résolution d’un certain nombre de questions environnementales et culturelles. Nous proposons une gamme de mesures, y compris une réglementation plus efficace de l’importation et de la vente des produits chimiques à usage agricole et d’autres couramment utilisés comme poisons. Cela profitera non seulement aux vautours mais à toutes les espèces largement ciblées par les éleveurs et les braconniers en Afrique. »

Le Dr Ralph Buij, de l’Université de Wageningen Alterra, a déclaré : « Le commerce des parties de vautours pour la médecine traditionnelle est particulièrement répandu en Afrique de l’Ouest où les vautours sont ouvertement vendus sur de grands marchés, en particulier au Nigeria et au Bénin. Parce que les vautours éliminent de grandes quantités de viande contaminées et d’autres déchets chaque jour, ils limitent la propagation des maladies dans les zones rurales et urbaines. Ironie du sort, en conséquence, le commerce des vautours pour la médecine traditionnelle peut en fait
augmenter la propagation des maladies. »

Le Dr Munir Virani, directeur du Programme Afrique pour le Peregrine Fund, a déclaré : « L’effondrement catastrophique des vautours en Asie du Sud, il y a plus d’une décennie, a conduit les gouvernements locaux à interdire la fabrication et l’utilisation du Diclofénac vétérinaire, la cause principale de la disparition des vautours. Sauver les vautours d’Afrique de l’extinction nécessitera un soutien sans faille des gouvernements africains. En outre, des programmes de sensibilisation orientés vers les communautés pastorales en Afrique de l’Est seront essentielles pour qu’ils perçoivent les vautours comme une composante essentielle des écosystèmes et des économies. »

Le Dr Derek Pomeroy, de l’Université de Makerere, a déclaré : « Nous manquons d’informations adéquates sur le nombre et les mouvements de toutes les espèces de vautours en Ouganda, mais les données que nous avons sont clairement une source de préoccupation. »

Taux estimés de baisse (plus de trois générations) pour les 8 espèces de vautours :

– Gypaète Barbu, Gypaetus barbatus = -70%
– Percnoptère, Neophron percnopterus = -92%
– Vautour africain, Gyps africanus = -90%
– Vautour de Rüppell, Gyps rueppellii = -97%
– Vautour du Cap, Gyps coprotheres = -92%
– Vautour charognard, Necrosyrtes monachus = -83%
– Vautour oricou, Torgos tracheliotus = -80%
– Vautour à tête blanche, Trigonoceps occipitalis = -96%

L’article (open access):

Ogada D, Shaw P, Beyers RL, Buij R, Murn C, Thiollay JM, Beale CM, Holdo RM, Pomeroy D, Baker N, Krüger SC, Both A, Virani MZ, Monadjem A, Sinclair ARE. 2015. Another continental vulture crisis: Africa’s vultures collapsing toward cxtinction. Conservation Letters  doi: 10.1111/conl.12182

Merci à Darcy Ogada pour l’envoi du matériels pour ce blog-spot.

 

Vautours de Rüppell (Gyps rueppellii), Masai-Mara NP, Kenya (photo: Andre Botha). Des études dans l’Afrique de l’Ouest et de l’Est suggèrent que les populations de Vautour de Rüppell diminuent à un taux de 97% sur trois générations (ou 56 ans)
66 vautours ont été empoisonnés dans un incident au Derby ferme, Limpopo, Afrique du Sud, le 7 mai 2015 (photo: Andre Botha).

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